Classée "Mémoire du monde" par l'UNESCO, la Tapisserie de Bayeux (Calvados) est une broderie longue de 70 mètres réalisée au XIe siècle.
Célébrant la conquête de l'Angleterre par Guillaume, duc de Normandie, cette toile de lin a probablement été brodée par des moines dans le sud de l'Angleterre après la bataille d'Hastings le 14 octobre 1066.
Animaux mythologiques, navires vikings, cavaleries normande et saxonne illustrent les exploits de Guillaume et de son adversaire Harold, autre prétendant au trône d'Angleterre.
Le point sur l'avancée des recherches
Le colloque qui s'est tenu en mars 2007 autour de la Tapisserie de Bayeux a abordé à la fois la célèbre broderie (son histoire, ses origines, son empreinte dans la littérature, ses détails....) et son contexte historique.
Les plus grands spécialistes du sujet, venus de France et d'étranger, se sont réunis lors de cet exceptionnel événement. À travers les dernières études universitaires menées, ce colloque fait le point sur l'avancée des recherches concernant la plus fabuleuse épopée de l'histoire des Normands. Chaque participant apporte une réponse à la question qui a rythmé ce colloque : la Tapisserie de Bayeux, une chronique des temps vikings ?
De nombreux thèmes sont ainsi abordés, tous contribuant à améliorer les connaissances autour de la Tapisserie : les sources artistiques de la Tapisserie (viking, normande, anglaise ou carolingienne), la Tapisserie et sa parenté avec les tentures historiées scandinaves du Moyen Âge, les animaux et les bateaux dans la broderie, la réception de l'oeuvre...
Autour de la Tapisserie de Bayeux : conquêtes, identités et légitimation
« La Tapisserie offre un répertoire unique d'images et de textes. Veut-on y voir des "signes de distinction" des peuples et des individus, et retenir, à la manière des ethnographes antiques et du haut Moyen Âge, des critères tels que la langue, la culture, les coutumes, le costume, les modes corporelles, les armes et les manières de combattre? Le texte latin de la Tapisserie donne lieu à des discussions selon que l'on y voit, à partir de la graphie de certaines lettres et de quelques noms de lieu, une composition anglo-saxonne, ou bien (...) un texte composé à l'origine en langue française mais pour une oeuvre authentiquement anglo-normande. Dans la broderie, on distingue sans peine les français, avec leurs cheveux courts et leur nuque rasée, des anglais, volontiers représentés avec une chevelure plus longue et des moustaches. Les premiers, même si ce n'est pas le cas de tous, combattent à cheval ; les seconds sont des fantassins et sont les seuls à porter certaines armes, comme le bouclier rond et la grande hache de combat. Il est certain que certains de ces traits servaient à marquer les différences entre les peuples, parfois depuis longtemps, et que ces critères étaient retenus pour des éléments distinctifs d'une population donnée. »
Pierre Bauduin, Université de Caen Basse-Normandie